Les Gardiens de la Mémoire CCJ – Le logement social à Pepinster – par Francis Balthasar

L’idée de construire des logements ouvriers dans notre région vient des patrons verviétois d’où la construction des “Grandes Rames” à Verviers.
Le 19ème siècle se caractérise par une forte augmentation de la population et par un besoin accru de logements.
D’un bout à l’autre de l’agglomération verviétoise, la surpopulation ouvrière est manifeste avec plus de 12 habitants par maison en 1846, soit le taux le plus élevé de la province.
La commune de Pepinster manque non seulement de maisons mais aussi d’égouts, de collecte d’immondices, de pompes publiques en nombre suffisant. L’insalubrité est manifeste. Le biez des usines, qui traverse la commune et qui apporte aux établissements qui la bordent la force motrice nécessaire, est un égout à ciel ouvert, gage de résidus et colonisé par les rats.

Des fosses situées à proximité des maisons font fonction d’égout et bien souvent elles polluent l’eau des puits des deux pompes. Les familles sont, comme l’écrira plus tard un historien, “des individus plus proches de la mort que de la vie”.
Les travailleurs textiles souffrent d’une situation sanitaire pire que dans les autres industries de l’époque. Ils sont les proies faciles de multiples maladies et soumis à des risques d’accidents de travail constants. Faut-il s’étonner que l’alcoolisme fasse des ravages chez nous ?
Le temps est venu pour certains patrons lainiers verviétois de quitter leurs demeures bourgeoises des bords de Vesdre et de s’établir sur les côtés bucoliques de la périphérie d’où la naissance de nombreux châteaux (Peltzer à Heusy, de Biolley à Pepinster, etc).
Le peuple, par contre, s’entasse plus que jamais au centre ville et loue des habitations peu confortables.
Quelques témoignages, glanés dans les archives, nous renseignent sur la vie au quotidien, à la fin du 18e siècle.
Les rues sont étroites, sales et encombrées de tas de fumier.
Les latrines, quand elles existent, ne sont pas nettoyées; les ouvriers sèchent leur linge dans l’unique chambre de la famille parce qu’il n’existe pas de lavoirs publics avec séchoirs, pas de bains.
Les ménagères rincent leur linge dans les rivières ou dans l’eau du biez emportant ainsi, dans leur habitation, des germes de maladie. L’eau utilisée dans les rivières n’est jamais celle qui coule au milieu mais celle des flaques d’eau croupissantes d’où s’échappent des miasmes fétides.
En matière d’hygiène corporelle, les carences sont importantes. Les propriétaires particuliers considèrent la location comme une source de revenus, mais dans le chef des patrons, il s’y adjoint un certain souci d’humanité, souci tout relatif car n’entre pas qui veut dans ces habitations.
Bien que discutable, l’initiative patronale contribue à adoucir la condition ouvrière mais demande une obéissance absolue.
Ainsi en 1896, les établissements BONVOISIN à Cornesse construisent une série de 20 logements agrémentés de jardins dans les Golettes à Wegnez et d’autres à Hodister, au KAZER.
En 1910, lors des grandes grèves, Henri LEROY, contremaître, locataire chez Bonvoisin, son patron, perd son emploi et le bénéfice de la maison rue Hodister. Il a pris parti pour les ouvriers.
Il déménagera rue Pont Walrand et ouvrira une boucherie, épicerie, charcuterie, crémerie.
Les maisons ouvrières à logements multiples furent érigées sans style. Les bâtiments BONVOISIN furent construits sous l’encyclique “RERUM NOVARUM” promulguée par le pape Léon XIII en 1891. Il incitait le monde du patronat, à cette malheureuse époque, à se pencher avec sollicitude sur les conditions de vie des travailleurs.

Maisons « BONVOISIN » dans les Golettes. (Archives CCJ)

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